Rendre accessible un patrimoine invisible

Après avoir détecté un courant d’air près de la paroi des gorges de l’Ardèche, les trois spéléologues s’engouffrent dans le boyau. Leur espoir est de courte durée : le fond de celui-ci est obstrué par un amoncellement de roches. Mais leur obstination a raison de leur bref découragement et les voilà qui commencent à désobstruer le conduit pierre après pierre. C’est déjà le début de la nuit, le 18 décembre 1994 s’annonce bientôt. Le crépuscule à l’horizon. Rien n’arrête un passionné.

C’est d’abord Eliette Brunel qui se faufile dans le passage extrêmement étroit. L’intuition de découvrir un trésor enfoui dans quelques mètres l’arme de courage ; celui de s’avancer vers l’inconnu des profondeurs. Puis, enfin un spectacle étourdissant s’offre 10 mètre sous sa tête : une gigantesque cavité ornée de peintures murales, un palais géologique cerné de cristaux. Le cœur palpitant, les spéléologues avançant à pas de velours et découvrent stupéfait d’innombrables ossements d’ours. Tandis qu’ils les détournaient et longeaient la paroi, une splendeur toute autre les attend : deux petites traces ocre, témoin d’une présence passée, signature de nos ancêtres. L’émotion les saisit !

C’est le plus important témoignage connu à ce jour sur la fréquentation des grottes ornées au paléolithique supérieur, il y a environ 36000 ans. Très vite, cet art pariétal suscite la curiosité et tous veulent voir ces fresques de ses propres yeux pour vivre cette expérience intense : communiquer avec le passé. Mais ce joyau de la préhistoire, qu’on appellera la grotte Chauvet, qui a su traverser les siècles dans l’obscurité silencieuse, est vulnérable. Tout semble avoir été figé dans le temps. Humide, la friabilité des parois donnent aux dessins une contemporanéité surprenante : on pourrait croire qu’ils ont été réalisés la veille. On peut même distinguer quelquefois des empreintes digitales !

Rapidement se pose la question de la conservation d’un tel bijou de patrimoine.

  • Et toi, que ferais-tu ?            
  1. Est-ce que tu le restaurerais comme on le fait avec certains tableaux de la Renaissance?
  2. Est-ce que tu laisserais tous les touristes entrée à leur guise pour nourrir leur curiosité et les cultiver?
  3. Est-ce que tu en interdirais l’accès pour le préserver intact et le protéger ?
  4. Est-ce que tu envisages d’autres alternatives ?

 

  • Mais si tu le restaurais (option 1) en remplaçant certains matériaux par d’autres, est-ce que ce serait encore la même œuvre ? Qu’en penses-tu ?

En fait, contrairement à la plupart des monuments historiques, on n’a jamais recourt à la restauration pour les grottes ornées aujourd’hui. Pourquoi ?  Comme on ne connait pas bien l’intention réelle des artistes de l’époque, qu’on ne sait pas trop quelles techniques ils ont utilisés on dit que c’est une sorte d’une « inter­diction morale », on agit par respect vis-à-vis de l’inconnu. 

Bien souvent, l’une des manières de concilier l’urgence de protéger une œuvre des pollutions et la volonté de la faire connaitre au plus grand nombre ; c’est de la copier. Tu as peut-être déjà vu le même tableau ou la même sculpture dans plusieurs musées à la fois ; connais peut-être le David de Michel-Ange dans la Galerie de l’académie à Florence, alors que sa copie grandeur nature trône sur la piazza della Signoria. Eh bien, c’est la solution qu’on choisit souvent pour les grottes préhistoriques. Pour reproduire l’expérience et la connaissance des chanceux spéléologues, on réalise des fac-similés un peu plus loin, près de la grotte initiale. Elle ressemble trait pour trait à cette dernière. Grâce aux techniques d’imagerie virtuelle, l’illusion du faux est totale, c’est à s’y méprendre. Mais il reste que ce n’est pas authentique, et ça, en tant que touriste, tu le sais, malgré l’illusion.

 
 
  • Que les touristes sachent ou non qu’il s’agit là d’une copie, crois-tu que leur perception en est-elle pour autant très différente ?
  • Peut-on vraiment faire l’expérience de l’émotion artistique ou de l’émotion historique face à un faux ?
  • Si la copie garantit une reproduction exacte, d’une qualité équivalente, quelle nécessité y a-t-il à conserver l’original ? Est-ce que le faux peut totalement se substituer au vrai ?
 
 

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